Offrir un jeu d’échecs, c’est offrir un objet qui peut durer toute une vie. C’est aussi un cadeau sur lequel on se trompe facilement, car le même mot recouvre des objets très différents : un jeu de tournoi sobre, un coffret de voyage aimanté, une reproduction historique sculptée à la main ou un ensemble en métal pensé pour trôner sur une console. Chacun fait le bonheur d’une personne et déçoit la suivante.
La bonne question n’est donc pas « quel est le plus beau jeu ? », mais « qui va s’en servir, et comment ? ». Trois points orientent le choix : le niveau de la personne, l’endroit où elle jouera (salon, club, train, ou nulle part si le jeu est exposé), et le rôle de l’objet, qui doit servir ou être regardé. Voici les profils les plus courants, avec les critères qui comptent vraiment pour chacun. Pour le détail des tailles de cases et de pièces, que nous ne reprenons pas ici, reportez-vous à notre guide comment choisir un échiquier.
Pour un débutant
C’est le cas le plus fréquent, et celui où un mauvais choix peut décourager. Trois critères suffisent à faire un bon jeu d’apprentissage ; le reste est affaire de goût.
Des pièces de forme Staunton. C’est le dessin des tournois, mais surtout celui de tous les livres, diagrammes, applications et vidéos d’initiation. Sur des pièces à thème, le débutant doit sans cesse « traduire » ce qu’il voit dans le livre vers ce qu’il a sous les yeux : une gêne réelle les premières semaines.
Des coordonnées sur le bord du plateau. Les lettres a à h d’un côté, les chiffres 1 à 8 de l’autre. Toutes les ressources décrivent les coups dans cette notation : sans repères imprimés, il faut compter les cases du doigt à chaque coup d’une partie commentée, et l’on finit par renoncer. Un plateau réversible devrait les porter sur ses deux faces.
Des pièces lestées, à base feutrée. Un débutant hésite, garde la main au-dessus du plateau, se penche pour mieux voir : il renverse davantage de pièces qu’un joueur aguerri. Des pièces lestées restent debout.
Côté format, un jeu de taille tournoi ou légèrement plus petit convient aux adultes comme aux adolescents. Le matériau n’est pas décisif : un bon jeu en plastique lesté vaut mieux qu’un jeu en bois d’entrée de gamme mal fini, et une grande partie des tournois se joue d’ailleurs sur du plastique lesté. Le bois se justifie si la personne apprécie l’objet pour lui-même.
Deux détails font la différence. D’abord, préférer un jeu de 34 pièces, avec deux dames supplémentaires : la promotion d’un pion arrive plus souvent qu’on ne le croit. Ensuite, vérifier l’orientation du plateau, avec une case claire dans le coin à droite de chaque joueur, comme le prévoient les règles ; il arrive qu’un modèle bon marché se trompe. Un rappel des règles du jeu d’échecs complète bien le cadeau. La pendule et les livres d’ouvertures peuvent attendre que la passion s’installe.
Pour un enfant
Les critères du débutant s’appliquent, avec quelques précisions.
Des pièces de taille normale, pas des miniatures. Le réflexe est d’acheter un petit jeu « pour petites mains ». C’est souvent l’inverse qu’il faut faire : les pièces miniatures sont difficiles à saisir, tombent facilement et se perdent. Un format proche du tournoi, ou légèrement réduit, se manipule bien plus aisément. Les mini-jeux de voyage magnétiques, pratiques en voiture, sont un mauvais premier jeu.
Des matériaux qui supportent la vie de famille. Des pièces en plastique résistant et un plateau souple en vinyle ou en silicone forment un ensemble presque indestructible : rien ne se casse, rien ne s’écaille, tout se lave à l’eau savonneuse et se roule dans un tiroir. Le bois a toute sa place plus tard, comme second jeu, quand l’enfant prend soin de son matériel.
Un jeu qui évolue avec l’âge. Les guides spécialisés donnent des repères indicatifs : pour les plus jeunes, de grandes pièces aux formes bien distinctes et un fort contraste entre cases claires et foncées ; vers huit à dix ans, un jeu robuste de type club ; à partir de l’adolescence, un format tournoi identique à celui du club. Ce ne sont que des ordres de grandeur, l’intérêt de l’enfant compte davantage que son âge.
La sécurité. Les jeux d’échecs contiennent de petites pièces et portent en général la mention « ne convient pas aux enfants de moins de 3 ans » : s’il y a un tout-petit à la maison, le jeu doit être rangé hors de portée. Pour les plus grands, on évite les arêtes vives et les ornements fragiles qui pourraient se détacher, et l’on vérifie que la charnière d’un coffret pliant ne pince pas les doigts.
Enfin, avec un jeune enfant, des séances courtes valent mieux qu’une partie complète interminable : on commence par de petits jeux (une bataille de pions seuls, par exemple) et on le laisse installer lui-même les pièces. Pour ceux qui ne tiennent pas en place, un échiquier géant de jardin transforme la partie en jeu physique.
Pour un joueur de club
C’est le profil le plus délicat : un joueur régulier possède souvent déjà son matériel et sait ce qu’il aime. Sondez discrètement son entourage, ou regardez sur quoi il joue.
Si l’on offre un jeu, il doit respecter les habitudes de la compétition, dont les normes d’équipement de la FIDE sont la référence : pièces Staunton aux proportions de tournoi, couleurs bien contrastées, finition mate qui ne renvoie pas la lumière. Un jeu à thème, aussi beau soit-il, risque fort de rester sur une étagère.
Les accessoires sont souvent un meilleur pari que le jeu lui-même :
- une pendule électronique, la seule à gérer les cadences avec incrément, très répandues en compétition, où chaque coup ajoute quelques secondes au temps du joueur. On regarde la lisibilité de l’écran et le bruit des boutons. Notre rayon sabliers et pendules en présente plusieurs ;
- un plateau souple de tournoi, en vinyle ou en silicone, qui se roule dans un sac et se lave sans souci ;
- un carnet de notation, puisque les Lois des échecs de la FIDE imposent de noter les coups en partie longue et que beaucoup de joueurs aiment garder leurs parties pour les analyser.
Pour un voyageur
Pour quelqu’un qui joue dans le train, en vacances ou en camping, le critère principal est que les pièces restent en place.
Deux familles se partagent ce terrain. Les échiquiers magnétiques ont des pièces aimantées qui tiennent sur le plateau malgré les secousses d’une voiture ou d’un train ; un modèle en bois est nettement plus agréable au toucher qu’un petit jeu en plastique. Les coffrets pliants à alvéoles servent à la fois de plateau et de boîte, les pièces y étant calées dans un intérieur feutré. Notre sélection d’échiquiers magnétiques illustre bien ces formats.
Leur limite tient à la taille : la plupart des plateaux de voyage mesurent entre 25 et 40 cm environ, avec des cases de 2 à 4 cm environ. Les pièces sont moins précises à saisir et le plateau paraît vite chargé. Parfait entre deux gares, beaucoup moins pour de longues séances d’étude : c’est un excellent second jeu, rarement un premier.
Pour un collectionneur
Ici, l’histoire, l’artisanat et la rareté passent avant la praticité. Attention à l’improvisation : un collectionneur connaît souvent mieux le sujet que celui qui offre.
Les reproductions historiques sont les valeurs sûres. La plus célèbre est le jeu Staunton d’origine, dont le dessin, attribué à Nathaniel Cooke, a été déposé en 1849 et commercialisé par la maison Jaques de Londres, avec la caution du grand joueur anglais Howard Staunton, qui lui a laissé son nom. D’autres modèles de tournoi du XXe siècle, comme le Dubrovnik, ont aussi leurs amateurs. Dans un tout autre style, les reproductions des pièces de Lewis, sculptées au XIIe siècle, pour la plupart dans de l’ivoire de morse, et découvertes en 1831 sur une île des Hébrides, en Écosse, séduisent par leurs visages expressifs.
Pour juger la qualité d’un jeu de collection, le cavalier est le meilleur révélateur. Contrairement aux autres pièces, il ne peut pas être entièrement tourné : il est sculpté à la main, et c’est là que se voit le savoir-faire. On regarde la symétrie de la tête, le dessin de la crinière, la netteté des yeux et des naseaux. Viennent ensuite la finition (surface lisse, sans trace d’outil), le lestage bien réparti et une feutrine épaisse, collée proprement. Les essences nobles, comme l’ébène, le palissandre ou le buis, sont présentées en détail dans notre article sur les bois des jeux d’échecs. Certaines maisons fournissent un certificat ou un numéro de série ; c’est un plus, pas une garantie en soi.
Pour un cadeau de décoration
Certaines personnes ne joueront jamais, ou très peu, mais apprécieront un bel objet. Toute la palette décorative est alors ouverte : jeux à thème médiéval ou historique, pièces en métal aux finitions dorées ou argentées, plateaux en marbre ou en pierre, ensembles en verre ou en résine, et même échiquiers muraux à pièces aimantées qui se suspendent comme un tableau.
Le critère principal devient l’accord avec l’intérieur : un jeu en marbre clair dans un décor contemporain, un jeu médiéval sculpté dans une bibliothèque en bois sombre. Gardez en tête quelques réalités : une chute est souvent fatale au verre comme à la pierre, le métal et le marbre sont lourds, et des pièces très travaillées se reconnaissent moins vite en partie. Un objet lourd sans place pour être exposé finit souvent dans un placard : mieux vaut savoir où il sera posé. Les pièces d’échecs de décoration donnent une bonne idée de la variété des styles.
Tableau récapitulatif
| Profil | Ce qui compte le plus | À éviter |
|---|---|---|
| Débutant | Staunton, coordonnées, pièces lestées, 34 pièces | Jeu à thème, plateau sans coordonnées |
| Enfant | Pièces de taille normale, matériaux lavables, sécurité | Mini-jeu de voyage, ornements fragiles |
| Joueur de club | Format et finition de tournoi, accessoires | Jeu décoratif, jeu à thème |
| Voyageur | Pièces aimantées ou calées, encombrement | En faire son jeu principal |
| Collectionneur | Histoire, sculpture du cavalier, finition | Achat improvisé sans connaître ses goûts |
| Décoration | Style, accord avec l’intérieur, emplacement | Objet trop lourd ou fragile sans place prévue |
Les erreurs les plus fréquentes
- Offrir un jeu d’art à quelqu’un qui veut jouer. Un passionné qui s’entraîne a besoin de pièces lisibles d’un coup d’œil ; le jeu sculpté finira en vitrine.
- Négliger les proportions. Des pièces trop grandes pour leurs cases encombrent le plateau ; trop petites, elles paraissent perdues. C’est l’erreur classique quand on achète plateau et pièces séparément.
- Choisir des pièces trop légères, qui basculent au moindre frôlement.
- Oublier le rangement : de belles pièces sans boîte se rayent et se perdent.
Présentation : coffret, rangement et petits plus
La façon dont le jeu est rangé fait partie du cadeau. Un coffret en bois à compartiments ou garni de mousse découpée cale chaque pièce séparément et protège des chocs ; un échiquier-coffret pliant réunit plateau et rangement dans un seul objet ; une simple housse ou un sac convient aux jeux de club et d’école. Si le jeu choisi n’a pas de rangement prévu, un jeu d’échecs avec rangement règle la question d’emblée.
La gravure d’un prénom ou d’une date sur la bordure ou le couvercle transforme le jeu en souvenir. Une précaution : un article personnalisé n’est en général ni repris ni échangé.
Enfin, quelques mots d’entretien glissés avec le cadeau rendent service :
- dépoussiérer avec un chiffon doux, sec ou à peine humide, sans solvant ni produit ménager ;
- éviter le soleil direct et la proximité d’un radiateur, qui peuvent modifier la teinte du bois et faire travailler le plateau ;
- ranger un plateau rigide à plat, et rouler plutôt que plier un plateau souple.
En conclusion
Un jeu d’échecs réussi est un jeu adapté à celui qui le reçoit : lisible et stable pour qui apprend, robuste pour un enfant, fidèle aux habitudes de tournoi pour un joueur de club, compact pour un voyageur, chargé d’histoire pour un collectionneur, en harmonie avec la maison pour qui veut un bel objet. En partant de l’usage plutôt que de la vitrine, on offre un jeu qui sera vraiment utilisé, ou vraiment regardé.

